La démocratie contre la paix[1]
Asem
Khalil*
‘Un optimiste
dans un monde de pessimistes'. C'était le titre d'un article publié dans le quotidien
israélien Yedo’t Ahraonot, le jour
des élections présidentielles palestiniennes le 9 janvier passé. L'optimiste pour
l'auteur, Rony Shakid, serait Abu Mazen, nouveau président de l’Autorité
Palestinienne. « Le futur est plein d’interrogation pour cette raison,
nous devons être réalistes et ne pas s'attendre à des changements radicaux.
Être optimiste dans un monde de pessimistes peut mener à une plus grande
déception ».
Moins d’un
mois après son élection, les réactions positives tombent sur Mahmoud Abbas: outre les 365 millions de
dollars promis par les Etats-Unis, et les promesses européennes d’aides financiers
et techniques, le gouvernement israélien a approuvé le plan d'évacuation de
cinq villes palestiniennes et la libération de centaines de prisonniers
palestiniens.
La réalisation
de ces promesses dépendra surtout du ‘bon comportement’ des Palestiniens. Au
cas où les groupes de résistance palestiniens viole le cessez-le-feu, Israël
réagira. Israël, alors, peut renvoyer, suspendre ou annuler ses engagements
pour évacuer les villes palestiniennes, peut reprendre l'élimination physique des
« wanted » palestiniens, et
interrompre le dialogue avec l’AP. Néanmoins, le respect palestinien de leurs engagements,
prévus par la Feuille de Route,
particulièrement en ce qui concerne lié à la sécurité, ne garantirait pas en
soi l'application israélienne de leurs engagements.
En fait, ceci
ne dépend pas de la bonne volonté du gouvernement israélien ni du pragmatisme
de son premier ministre (au cas où on admettrait leur existence) mais plutôt
sur les rapports de force à l'intérieur d'Israël entre les partis politiques
qui reflètent les craintes de son opinion publique.
Churchill disait
que la "démocratie est le pire des systèmes de gouvernement, à l’exception
de tous les autres". Loin de nier l'importance de la démocratie et de son
existence en Israël, je défend la thèse selon laquelle le système (législatif,
judiciaire et exécutif) particulier en Israël est le vrai obstacle à la paix,
ou au moins, à la signature et l’application d’un accord de paix avec les
Palestiniens, basé sur la légalité internationale et surtout qui met fin à
l’occupation militaire la plus longue de l’histoire contemporaine.
D'abord, le système électoral : Tout
le pays est considéré en tant que circonscription électorale unique. Le parti
qui obtient au moins 2 % des votes, selon le système proportionnel, obtient un
siège à la Knesset, le parlement israélien. En conséquence, afin d'assurer sa
survie, le parti qui obtient la majorité est obligé de s’allier avec les petits
partis, surtout les religieux (24 gouvernements sur 29!). C'est pourquoi, par
exemple, les gouvernements successifs, sans distinction entre la gauche ou la droite,
avaient toujours construit de nouvelles colonies dans les territoires
palestiniens bien que l'opinion publique soit en grande partie contre les
colons.
En second lieu, le processus
décisionnel dans le cabinet israélien : En cas de
divergences à l'intérieur du gouvernement, le premier ministre, élu
directement, soumette ses décisions au vote du cabinet qui peut adopter une position
différente de celle du premier ministre, ignorant les engagements pris par
celui-ci dans l'arène internationale. Après l'approbation parlementaire du plan
de désengagement de Gaza, le premier ministre israélien devait obtenir l'approbation
de son cabinet. Le gouvernement national a approuvé la première étape le 21
février, grâce à l'appui des ministres travaillistes. Le plan inclut quatre
autres étapes qui ont besoin toujours de l'approbation du cabinet. Ce ne serait
pas nécessairement possible puisque le gouvernement national peut disparaître
avant de mettre en application le plan en juillet prochain. En fait, des
élections anticipées peuvent être organisées en Israël si le gouvernement n’obtient
l'approbation de la Knesset pour le budget d’ici fin mars. Sharon, réélu
probablement, ne pourra pas obtenir la majorité de son cabinet car son propre parti
n’approuve pas son plan.
Troisièmement, l'applicabilité du
droit international : Israël est un pays dualiste ; ceci signifie que
le droit international n’est applicable que dans la mesure où il est transformé
en droit interne. La Cour Suprême Israélienne avait toujours refusé
l'applicabilité juridique de la Convention IV de Genève pour cette raison. En
conséquence, le juge israélien ne pourra pas imposer les dispositions de la
convention à moins que converti en loi nationale et le gouvernement israélien
ne sera pas poursuivi pour la violation de la loi humanitaire ou
conventionnelle. Ainsi, le gouvernement israélien continue à construire le mur
de séparation en Cisjordanie, bien que considéré illégal par la Cour Internationale
de Justice dans son avis consultatif pour violation, inter alia, de la IV Convention de Genève.
De ‘l'autre
côté du mur’, les Palestiniens semblent commencer à maîtriser les règles du
jeu, dans la communauté internationale de l’après le onze septembre. Ils ont
compris que le droit à l'autodétermination n'est pas suffisant tout seul,
puisque le ‘droit’ dépend la plupart du temps des relations force existant entre
les états et/ou les autres sujets et acteurs internationaux dans une communauté
internationale qui manque d'une puissance exécutive centrale.
En outre, ils
ont découvert finalement qu'être victime n’est plus suffisant pour obtenir la justice.
Un peuple, au nom du droit à l'autodétermination, ne peut pas violer d'autres
lois internationales impératives sans mettre en cause la légitimité de son
droit à résister à l’occupation.
Néanmoins, conscients
du fait que construire la paix est beaucoup plus difficile et sophistiqué que
déclarer la guerre, les Israéliens et les palestiniens feraient mieux d’être
plus attentifs à ne pas commettre les mêmes erreurs du passé récent. Cette
fois, les Palestiniens doivent être beaucoup plus sensibles aux nécessités
israéliennes de sécurité et les Israéliens à l'amélioration de la situation
économique dans les territoires palestiniens. Mais ce n'est pas suffisant. Israël
doit assurer l'application de ses engagements dans les délais prévus et en
attendant, elle doit arrêter la construction des colonies en Cisjordanie et doit
cesser de confisquer les terres palestiniennes pour construire le mur de
séparation.
Un journaliste
israélien a écrit récemment que les Palestiniens et les Israéliens semblent
deux boxeurs épuisés qui attendent la fin du match, sans s'inquiéter trop de
qui a gagné et de qui a perdu! Nous espérons que cette occasion ne sera pas
réduite à une pause avant que les deux parties ne reprennent leurs forces restantes
pour le prochain « round »!
* L'auteur est
doctorant en droit publique en Suisse, étudiant à l’ENA en France. asemkhalil@yahoo.com
[1] Article publié originairement en italien. Toscana
Oggi, N.6, 13 février, http://www.toscanaoggi.it/a_notiziabase.asp?IDNotizia=4484&IDCategoria=206